Mes céramiques sont des rêves de lumière…
où j'aime à mêler deux terres : le grès et la porcelaine.

Le grès, c'est un soleil refroidi enfermé dans la pierre…

Du grès, je retiens sa force, sa structure qui m'autorise toutes les fantaisies.
Avec sa souplesse, je façonne des plaques qui formeront des volumes.

La main palpe, tâtonne, triture, c'est du bonheur qui se déguste.

Ces volumes je les veux grands, trapus, terriblement ancrés dans leurs pesanteurs.

La porcelaine est une fleur plusieurs fois millénaire,
quelque chose entre le coquelicot et le chardon…

Elle m'offre son extrême plasticité, sa blancheur que je colore d'oxydes : fer, cobalt,
cuivre, nickel, vanadium, chrome et titane. Cette pâte si fine, si souple, je vais l'étirer
et l'étirer encore, car il me la faut de l'épaisseur d'un papier. De cette feuille de pâte,
je vais tirer des fragments, de petites surfaces, que je déposerai en mosaïques sur la peau
humide de ma pièce de grès. Infiniment lentement, par de douces pressions,
ces collages de porcelaine s'incrusteront dans la terre encore tendre.
Là, seule travaille l'imaginaire car pour l'heure toutes ces couleurs sont grises,
roses, noires… Pourtant je les vois déjà telles que je les espère…

L'émail, c'est un éclat de lumière et de fraicheur…

Je le déposerai sur le tesson, sa vitrification réveillera les oxydes les plus sombres,
les plus vifs, les plus délicats, révélera leurs couleurs, leurs jeux de nuances.
Posé plus épais, il les assombrira, les étouffera sous son glacis d'ombre. Laissée nue,
la porcelaine serra légèrement vitrifiée, irisée, voir mate, sourde, métallique, renfrognée.

Puis vient la danse du feu… Les heures passent, je marche sur du velours…

C'est le feu, à 1280°, qui fera s'étreindre et cristalliser ces deux terres si dissemblables.

Mais enfin mes céramiques sont bien autres choses que ce tas de secrètes
manipulations… que cette tentative d'équilibre dans le chaos…
Bien autre chose… : une balade où l'on marche boiteux parfois, cassé, cagneux,
tanguant, roulé d'un bord à l'autre de soi-même, insatisfait toujours, tendu vers
cette aventure sans cesse recommencée, la vraie, celle qui n'est pas ailleurs.

Rochebaudin, le 06 mai 2011
Mireille Moser

Hommage à Guy Goffette